Hanuman: Les histoires derrière les asanas
Hanuman est, dans les écritures sacrées, révéré comme étant le dieu mi-homme mi-singe, connu pour sa force et sa dévotion envers son maître, le Seigneur Rama, avatar du dieu Vishnu. Il est mentionné principalement dans le grand poème épique Le Rāmāyaṇa, plus particulièrement dans le cinquième livre, le Sundara Kāṇḍa (puis les suivants), où Hanuman partit à la recherche de Sītā, l’épouse de Rama, qui fut enlevée par le terrible roi des démons Rāvaṇa. Il est également fait mention d’Hanuman dans le Mahābhārata, seconde très grande épopée sanskrite, considérée comme le plus grand poème jamais composé. Pour les yogins, louer Hanuman revient à embrasser notre propre potentiel de sagesse, de force, de générosité, de discipline et d’amour.
Comme pour beaucoup de contes et légendes védiques, Hanuman a inspiré de nombreuses postures de yoga qui adoptèrent ses différents noms ou ceux faisant référence à certains épisodes de ses histoires.
Mais avant cela, quelques mots sur la naissance de Hanuman.
Il existe bien sûr plusieurs versions de la naissance de Hanuman, mais voici ma préférée :
Selon la légende, Hanuman naquit au sein de la race des Vānara. Son père, Keśarī, était un chef, et sa mère, Añjanā, une apsaras transformée en singe à la suite d’une malédiction. On dit également de Hanuman que son père céleste était Vāyu, le dieu du vent, pour le rôle qu’il joua lors de sa naissance. Le dieu Śiva, touché par la dévotion de Keśarī et Añjanā à son égard, décida de réincarner une partie de lui en leur fils. Vāyu (aussi appelé Pavana) transporta, grâce à son souffle, un fruit magique qu’il déposa sur les genoux d’Añjanā qui, après l’avoir mangé, put enfanter l’avatar de Śiva.
Et maintenant : les āsana (postures) et leurs histoires !
Anjaneyāsana
L’histoire :
Enfant, Hanuman possédait un appétit insatiable. Un jour, alors qu’il regardait vers le ciel, il vit le soleil et, le confondant avec une mangue bien mûre, se lança dans les airs en un bond extraordinaire pour s’en saisir. Alors qu’il allait l’atteindre, il heurta Rāhu, le démon responsable des éclipses, l’envoyant voler au loin. Le roi des Deva, Indra, qui assista à la scène, frappa Hanuman au visage, le renvoyant inconscient sur Terre et boursouflant à jamais les joues du petit garçon.
Vāyu, apprenant le sort de son fils, fut pris d’une colère telle qu’il priva la Terre d’air. Pour apaiser le dieu du vent, les Deva offrirent à Hanuman des pouvoirs incroyables :
Indra lui fit don d’une force colossale.
Brahmā lui accorda l’insensibilité aux armes et le don de changer de forme.
Śiva lui offrit l’immortalité, la sagesse et la connaissance des textes.
Sūrya lui fit don du pouvoir de changer de taille à volonté.
Agni l’immunisa contre le feu, et Varuṇa contre l’eau.
Voyant le petit Hanuman gâté de la sorte, Vāyu put enfin se calmer, revenir sur Terre et rapporter l’air aux dieux.
La posture :
Anjaneya : fils d’Añjanā ; Āsana : posture
La posture Anjaneyāsana est un rappel de cette histoire et représente le saut du jeune Hanuman cherchant à manger le soleil.
Hanumanāsana
L’histoire :
Le Rāmāyaṇa raconte, entre autres choses, comment Rama, aidé par Hanuman et l’armée des singes, réussit à retrouver et libérer son épouse Sītā des griffes du roi des démons Rāvaṇa. Au début du cinquième livre, le Sundara Kāṇḍa, Hanuman partit à la recherche de la princesse. Arrivé dans le sud de l’Inde, il dut traverser la mer pour rejoindre l’île de Laṅkā. Pour ce faire, le dieu-singe décupla sa taille jusqu’à atteindre celle d’une montagne et, d’un seul bond (et quelques péripéties plus tard), enjamba la mer et atterrit sur l’île, où il découvrit plus tard l’épouse de son maître.
La posture :
Hanuman : le dieu-singe ; Āsana : posture
La posture Hanumanāsana symbolise ici le saut mythique du dieu-singe vers l’île de Laṅkā pour retrouver Sītā, l’épouse de Rama. Notons qu’une seconde histoire est parfois mentionnée pour illustrer et comprendre cette posture : celle d’Hanuman volant jusqu’au sommet de l’Himalaya à la recherche de plantes médicinales magiques pour le frère de Rama, Lakṣmaṇa, blessé au combat. Ce dernier fut sauvé après qu’Hanuman, ne sachant précisément quelles plantes choisir, eut rapporté le sommet entier de la montagne à son maître.
Utkatāsana
L’histoire :
Arrivé sur l’île de Laṅkā, Hanuman y découvrit le palais du démon et décida de se présenter devant lui pour lui offrir une chance de paix. Pour attirer l’attention de Rāvaṇa, le dieu-singe entreprit de saccager les jardins du palais. Après plusieurs batailles contre les gardes et les fils de Rāvaṇa, Hanuman se laissa délibérément capturer pour être conduit devant le roi des démons.
Arrivé à la cour de ce dernier, Hanuman exigea un siège pour parlementer, ce à quoi son statut d’émissaire lui donnait droit. Rāvaṇa refusa catégoriquement. Le serviteur de Rama resta imperturbable et enroula sa queue autour d’elle-même pour s’en faire un siège plus haut que celui du roi. Ce dernier, furieux, fit déplacer son propre trône plus en hauteur encore pour dominer son adversaire. En réponse, Hanuman fit grandir sa queue jusqu’à le surplomber de nouveau. Après plusieurs nouvelles tentatives infructueuses pour dominer Hanuman, Rāvaṇa, pris d’une terrible colère, ordonna que l’on brûle l’émissaire de Rama. Hanuman, ne craignant pas le feu (cadeau du dieu Agni), réussit à s’échapper et à retourner auprès de son maître pour le prévenir.
La posture :
Utkata : fierté, puissance ; Āsana : posture
À la lecture de cette histoire et de la signification du nom sanskrit de la posture, il semble donc un peu pauvre de traduire Utkatāsana par « la chaise », quand il serait possible de l’appeler « la posture de la fierté » ou, à la rigueur, « le trône ».
Adhvāsana
L’histoire :
La prochaine histoire, tirée du Mahābhārata, raconte un épisode de la vie de Bhīma, second des Pāṇḍava et fils du dieu Vāyu et de Kuntī (pour résumer très brièvement : le roi Pāṇḍu, époux de Kuntī, fut maudit et ne pouvait engendrer d’enfant sans y perdre la vie. Pour perpétuer la descendance de Pāṇḍu, Kuntī convoqua plusieurs dieux qui lui donnèrent chacun un enfant, dont Bhīma et Arjuna, ce dernier étant très connu pour sa conversation avec Kṛṣṇa dans la Bhagavad-Gītā).
Bhīma était doté d’une force extraordinaire. Amoureux de la belle Draupadī, ce dernier partit dans la jungle à la recherche de magnifiques fleurs de lotus pour les lui offrir. Seulement, le jeune homme, impatient et fougueux, saccagea tout sur son passage, effrayant les animaux par sa force et ses cris. Hanuman, dérangé dans sa méditation et voyant le carnage provoqué par le manque de considération de Bhīma, décida de lui donner une leçon d’humilité. Il prit l’apparence d’un très vieux singe fatigué et s’allongea de tout son long en travers du chemin. Bhīma, arrêté dans sa progression par ce vieux singe, se mit à lui hurler dessus et à le sommer de le laisser passer, lui, fils du dieu du vent et homme le plus fort du monde. Le vieux singe lui expliqua que ses forces l’abandonnaient et que Bhīma n’avait qu’à soulever et déplacer sa queue pour pouvoir passer. En ricanant, le jeune prince se saisit de ladite queue et, d’un coup, tenta de la soulever. Elle ne décolla pas du sol. Après un second essai tout aussi infructueux, Bhīma prit conscience qu’il se trouvait en présence d’un être divin et supplia ce dernier de lui pardonner son attitude. Hanuman reprit alors sa forme originelle et expliqua au jeune prince (accessoirement son demi-frère, car tous deux fils de Vāyu) que, peu importe le but qui nous anime, il faut toujours considérer les plus faibles et respecter la Nature, qui est en elle-même divine.
La posture :
Adhva : chemin ; Āsana : posture
Peu pratiquée en cours de yoga, cette posture consiste à s’allonger sur le ventre, bras tendus devant soi et front au sol. Elle fait donc ici référence à Hanuman prostré en travers de la route et symbolise l’humilité dont nous devons tous faire preuve pour avancer sur notre chemin de vie.
Vīrāsana
Une posture pour une infinité d’histoires :
Vīra : héros, sentiment héroïque ; Āsana : posture
Le dieu Hanuman, par ses multiples actes de bravoure et de service, symbolise le courage, l’intelligence, la force, l’humilité et l’espoir.
Añjali Mudrā
L’action de mettre les mains en prière n’est pas spécifique à Hanuman, mais est généralement pratiquée pour l’ensemble des postures qui lui font référence, afin de rappeler l’humilité, la dévotion et l’esprit de service du dieu-singe.